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    Un manifeste autobiographique pour Bernie Sanders

    Un politicien hors-norme dont la popularité lors des primaires démocrates de 2016 en a surpris plus d’un

    18 octobre 2017 | Michel Lapierre - Collaborateur | Livres
    Des partisans de Bernie Sanders lors d’un rassemblement en mai 2016 durant les primaires démocrates
    Photo: Robyn Beck Agence France-Presse Des partisans de Bernie Sanders lors d’un rassemblement en mai 2016 durant les primaires démocrates

    Si l’on s’étonne qu’un socialiste avoué, comme Bernie Sanders, ait mené une chaude lutte à Hillary Clinton lors des primaires démocrates pour l’élection présidentielle américaine de 2016 et qu’il ait forcé la candidate finalement choisie à lui ressembler par certaines idées, il faut lire Notre révolution. Dans ce manifeste qui tient de l’autobiographie, le sénateur révèle que son éveil politique a commencé lorsqu’on a arraché à Brooklyn son équipe de baseball !

     

    Sur un ton qui rappelle l’humour du grand romancier américain Philip Roth, d’origine juive comme lui, Sanders, né à Brooklyn en 1941, souligne que, lorsqu’on déménagea en 1957 à Los Angeles les emblématiques Dodgers de Brooklyn, l’équipe de baseball du vaste et célèbre district de la ville de New York, « en vue de réaliser plus de profits », ce fut, chez lui, adolescent, l’une des « premières observations des vices du capitalisme ». N’était-ce pas l’équipe majeure qui brisa un tabou en recrutant un joueur noir ?

     

    Ce joueur, Jackie Robinson, s’était d’abord illustré à Montréal, dès 1946, dans un club-école des Dodgers : l’équipe des Royaux, où ne sévissait pas la ségrégation raciale présente aux États-Unis avant qu’une loi fédérale, le Civil Rights Act de 1964, ne l’interdise. Avec le départ des Dodgers, Sanders prit conscience de l’exclusion sociale et des difficultés des classes modestes comme la sienne.

     

    Son père était arrivé en Amérique de la Pologne à 17 ans sans le sou pour devenir vendeur au service de fabricants de peinture. Cependant, la vie semblait plus prometteuse à la nouvelle génération.

     

    À l’Université de Chicago où il obtiendra un diplôme de premier cycle en sciences politiques, le jeune homme suit les cours sans enthousiasme, ne prépare guère les examens, mais dévore une multitude de livres sur tous les sujets. Il découvre, écrit-il, « que l’Amérique n’avait pas toujours été “la terre de liberté et la demeure des braves” que proclame son hymne national et que notre pays n’avait pas toujours penché du bon côté de l’Histoire ».

     

    Moins intellectuel que Noam Chomsky, autre grande figure d’ascendance juive de la gauche américaine, moins porté que lui sur de profondes et originales réflexions au sujet de l’évolution internationale, Sanders possède toutefois une qualité unique. Il sait toucher la sensibilité populaire la plus intime de la nation.

     

    Incarnation de l’aile progressiste du Parti démocrate, il résume ainsi un succès indéniable : « Plus de 13 millions de voix aux primaires et aux caucus », le fait de remporter « 22 États, dont beaucoup très largement », l’obtention de « 1846 délégués à la convention démocrate », presque partout d’« une forte majorité chez les jeunes ». Et ce qu’il souligne avec le plus de fierté : le financement, sans avoir sollicité les millionnaires et les milliardaires, d’une campagne par environ 8 millions en contributions de 27 $ en moyenne.

     

    Cela s’explique par l’affinité naturelle de Sanders avec la classe populaire et la frange progressiste de la classe moyenne. Dès 1968, il s’installa au Vermont, l’un des États américains les plus ruraux, pour y travailler comme petit fonctionnaire, journaliste local et même charpentier. En 1981, il devint maire de Burlington, la plus grande ville de l’État, municipalité d’environ 40 000 habitants, plus proche de Montréal que des métropoles américaines.

     

    Pas encore démocrate à l’époque et aux antipodes des républicains, il rappelle avec fierté : « J’étais le seul dans tout le pays à avoir contrecarré le système bipartite et le seul maire socialiste » des États-Unis. On l’élira en 1990 représentant indépendant du Vermont au Congrès américain, puis en 2006 sénateur indépendant à Washington pour le même État. Sous la pression de ses partisans, il décidera enfin de se présenter en 2015 comme candidat à la présidence du pays pour les primaires démocrates.

     

    En 1999, Sanders innova en tant que membre du Congrès en emmenant des électeurs de l’autre côté de la frontière pour y constater la disparité éhontée des prix qu’impose aux Américains leur industrie pharmaceutique par rapport au reste du monde. Il raconte : « À Montréal, les larmes aux yeux, des femmes de la classe ouvrière atteintes de cancer du sein ont pu acquérir des médicaments de la même marque commerciale que ceux qu’elles achetaient dans le Vermont, mais dix fois moins chers. »

     

    L’homme politique insiste toujours sur le dépérissement de la classe moyenne : 43 millions d’Américains « vivent dans une pauvreté souvent extrême ». Des millions ne peuvent accéder à l’université sans s’endetter, des milliers meurent chaque année, incapables, faute d’argent, de consulter un médecin à temps. À ceux qui lui répliquent qu’avec une dette nationale de 19 400 milliards les États-Unis n’y peuvent rien, il répond : « Nous sommes plus riches qu’à n’importe quel autre moment de notre histoire. »

     

    Sanders explique : « Le problème, c’est qu’une fraction trop importante de cette extraordinaire richesse est détenue par le 1 % le plus riche et que celui-ci, au lieu de payer sa juste part d’impôts, a bénéficié d’énormes allégements pendant des années. » Son analyse de la crise financière américaine de 2008 et, en définitive, mondiale est simple et très parlante.

     

    La solution s’appuie, selon lui, sur un retour à une réglementation plus serrée : « Autoriser les banques commerciales à fusionner avec les banques d’investissement et les compagnies d’assurance en 1999 a été une énorme erreur. Cela a précipité le plus gros plan de sauvetage financé par les contribuables de l’histoire mondiale. » Par une taxe sur les transactions financières, il est grand temps que Washington et Wall Street redonnent aux contribuables et aussi aux plus pauvres ce qu’ils ont enlevé à la société américaine.

     

    La révolution de Sanders commence par une justice comprise de tous du premier coup.

    Bernie Sanders en trois citations « Je suis juif. La perte d’une famille dans l’Holocauste, dont des enfants de mon âge ; l’accession au pouvoir d’un fou de droite lors d’une élection libre en Allemagne ; une guerre qui a fait 50 millions de morts, dont plus d’un tiers de la population juive de la planète : tout cela a eu un impact indélébile sur ma vie et sur ma pensée. »

    « Le 10 décembre 2010, j’ai pris la parole au Sénat afin de m’opposer à une autre politique menée par Obama : l’extension de certains abattements fiscaux instaurés par Bush pour les Américains les plus riches. J’ai commencé mon discours à 10 heures 30 et je l’ai terminé huit heures et demie plus tard, ce qui fait de moi l’orateur ayant mené la plus longue obstruction au Sénat depuis bien des années. »

    « On l’ignore souvent, mais l’employeur qui paie le plus mal en Amérique, ce n’est pas Wal-Mart, ce n’est pas McDonald’s ni Burger King, c’est le gouvernement des États-Unis. »

    Extraits de Notre révolution
    Notre révolution
    ★★★★
    Bernie Sanders, traduit de l’américain par Jean-Luc Fidel, Les liens qui libèrent, Paris, 2017, 528 pages












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