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    Le blues migratoire d’Oliver Bottini

    «Au nom des pères» dévoile une intrigue aussi riche que sensible

    12 août 2017 | Michel Bélair - Collaborateur | Livres
    L’auteur parvient à faire comprendre la complexité de la vie des réfugiés, d’où qu’ils viennent.
    Photo: Andrej Isakovic Agence France-Presse L’auteur parvient à faire comprendre la complexité de la vie des réfugiés, d’où qu’ils viennent.

    C’est avec le premier roman d’Ahmed Tiab (Le Français de Roseville), publié en 2016, qu’on a pris conscience ici de l’existence d’une collection polar aux éditions de l’Aube, cette petite maison pourtant installée dans la région d’Avignon depuis 25 ans.

     

    De son très riche catalogue, voici que surgit une autre surprise de taille, tombée sur mon bureau il y a quelques semaines déjà et que j’ai dévorée en deux jours…

     

    En quatrième de couverture, on nous apprend qu’Olivier Bottini écrit peu, qu’il connaît un succès fulgurant en Allemagne et que ses livres sont traduits en une dizaine de langues. En France, l’Aube en est déjà à son troisième titre. Complexe, dense, fort bien raconté (et traduit !), ce récit de vengeance profondément actuel s’amorce à la fin de la Deuxième Guerre mondiale dans les Balkans et se profile sur fond de migrations et d’appartenances diverses jusqu’au tout début de la décennie.

     

    Une vengeance terrible

     

    C’est l’histoire d’un homme, issu d’une famille allemande installée, du temps de l’Empire austro-hongrois, dans ce qui est devenu la Yougoslavie. Un apatride qui a tout perdu : sa nationalité d’abord, ses parents, qu’il a plus tard vus mourir alors qu’ils fuyaient la guerre, puis sa femme, sa fille et finalement sa vie. L’histoire d’une vengeance terrible qui anéantira d’autres innocents qui, comme lui, n’avaient pourtant rien à se reprocher.

     

    Ce guerrier formé sur les champs de bataille, au milieu des colonnes de réfugiés, décide donc de se venger. Avant de disparaître, il fait subir à Paul Niemann, le petit fonctionnaire allemand qui l’a renvoyé en enfer en signant un simple formulaire, le supplice qu’il a vécu. La commissaire Louise Boni est sur l’affaire dès que le vengeur annonce ses couleurs.

     

    La traque est difficile, car l’homme a appris à se cacher et à disparaître toute sa vie durant, mais Boni remontera la filière pour comprendre l’insupportable enfer que le tueur apatride a vécu. Elle se tapera même le pèlerinage en Serbie pour mieux saisir son univers… et l’ampleur bien concrète de son désespoir. Comme si on ne le savait pas déjà, le ridicule consommé de la notion de frontières et les contradictions inavouées que cache le concept de nation s’imposeront à la conscience de la policière… comme du lecteur.

     

    Oliver Bottini signe ici un livre d’une immense profondeur qui dépasse la richesse de l’intrigue policière dans laquelle il s’inscrit. À travers des personnages toujours crédibles et poignants — Louise Boni, par exemple, vous séduira par sa sensibilité et surtout par la conscience de sa fragilité — et grâce à une écriture limpide méticuleusement rendue par le traducteur, il sait fouiller dans des recoins d’histoire oubliés qui expliquent beaucoup de choses. Bottini parvient ainsi tout au long à nous faire saisir l’épaisseur du drame qui se joue autour de toutes les frontières du monde. Et à quel point aussi le sentiment d’appartenance est souvent difficile à définir.

     

    Un livre indispensable pour comprendre la complexité qui se cache dans la vie de tous les réfugiés du monde, d’où qu’ils viennent.

    Au nom des pères
    ★★★ 1/2
    Oliver Bottini, traduit de l’allemand par Didier Debord, Éditions de l’Aube/Noire, Avignon, 2017, 388 pages












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