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    Gilles Proulx dans la ville

    Le communicateur Gilles Proulx adore l’histoire, qu’il pratique en amateur averti, a Montréal dans la peau et est un homme d’opinion. Il était donc immanquable que sa voix fervente se fasse entendre à l’occasion du 375e anniversaire de la fondation de Montréal.

     

    Après Montréal. 60 événements qui ont marqué l’histoire de la métropole (Les Éditions du Journal, 2016), un recueil de chroniques historiques rédigées en collaboration avec Louis-Philippe Messier, Gilles Proulx publie De Ville-Marie à Montréal (Médiaspaul), un vigoureux opuscule sur l’histoire religieuse de la ville.

     

    Il convient, d’entrée, de lui donner raison quand il affirme que, « de nos jours, la rectitude dans l’enseignement trop rare de l’histoire passe sous silence le courage missionnaire qui, pourtant, est littéralement à l’origine de Montréal et de son expansion ». Sans la ferveur religieuse des Jérôme Le Royer de la Dauversière, un percepteur d’impôts français qui rêve de convertir « des sauvages », de l’abbé Jean-Jacques Olier et de Paul Chomedey de Maisonneuve, un militaire pieux impressionné par sa lecture des Relations des jésuites en Nouvelle-France, Montréal aurait eu une autre histoire.

     

    Des femmes pionnières

     

    Gilles Proulx, qui n’a pas la réputation d’être féministe, souligne aussi « la place exceptionnelle des femmes aux origines de la ville », non par rectitude — « [je] me méfie beaucoup de toute tendance à réécrire l’histoire pour l’ajuster aux mentalités modernes », note-t-il —, mais parce que la vérité a ses droits. Jeanne Mance et ses hospitalières, Marguerite Bourgeoys et ses institutrices de la congrégation de Notre-Dame, Marguerite d’Youville et ses soeurs grises, de même que la recluse Jeanne Le Ber sont donc présentées comme des fondatrices, à l’égal des jésuites et des sulpiciens. L’historien populaire se réjouit d’ailleurs du fait que « Montréal est la seule ville à avoir été fondée conjointement par un homme [Maisonneuve] et une femme [Mance] » !

     

    La Conquête britannique de 1763 change la donne, mais le clergé parvient néanmoins à se tirer d’affaire en donnant des gages de fidélité au nouveau pouvoir. Ce sera le cas en 1775, quand les Américains en guerre contre l’Angleterre occuperont Montréal pendant sept mois, et en 1837, au moment de la révolte des patriotes. Mgr Lartigue, premier évêque de Montréal, menacera les insurgés d’excommunication. Son successeur, le puissant Mgr Bourget, poursuivra cette stratégie de collaboration, en échange de « la mainmise sur l’éducation ».

     

    De cette période, Gilles Proulx tire un bilan contrasté. Heurté par la soumission au conquérant que prône le clergé, le nationaliste qu’il est accorde néanmoins à ce dernier « la sauvegarde du peuple québécois par l’instruction », une thèse classique contestée par l’historien Yvan Lamonde (voir son récent Un coin dans la mémoire, Leméac, 2017), selon qui la bourgeoisie libérale ne demandait pas mieux que d’assumer cette tâche.

     

    Culture et noirceur

     

    Gilles Proulx, qui se trompe au passage en affirmant que le frère Jérôme et Ozias Leduc ont « fait partie » de Refus global, évoque avec respect les figures d’Henri Bourassa, fondateur du Devoir en 1910, de Marie-Victorin, fondateur du Jardin botanique en 1931, du frère André et du cardinal Paul-Émile Léger. Il ne nie pas que l’Église, jusque dans les années 1950, « avait quelque chose d’étouffant, d’envahissant »,mais il relativise l’idée de « Grande Noirceur » en soulignant qu’à « l’intérieur de cet univers conservateur, il y avait une floraison d’éléments de culture » et que les Québécois, à l’époque, n’étaient pas « si arriérés que cela ». Pour lui, « le bilan prolifique de l’action du clergé est très honorable ».

     

    Vulgarisateur coloré, il raconte le passé avec verve et simplicité, en nous invitant à en retrouver les traces dans le présent, sans se priver de donner son opinion. L’histoire du Canada et du Québec n’est pas suffisamment enseignée, déplore-t-il, et « nos élites », notamment les responsables des célébrations du 375e, négligent le legs du passé.

     

    Pour corriger nos manquements historiques envers les Amérindiens, nous devrions investir massivement dans leur éducation, soumet-il en rêvant que la mémoire de notre passé religieux nous amène à renouer avec « une pensée plus collective », qui pourrait « faire concurrence à l’individualisme qui est la tare de la modernité ».

     

    En commentateur de l’actualité, Gilles Proulx se laisse souvent aller à un populisme de mauvais aloi. En historien populaire, il devient un accompagnateur tonique et recommandable.

    De Ville-Marie à Montréal
    ★★★ 1/2
    Gilles Proulx, Médiaspaul, Montréal, 2017, 88 pages












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