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    Millénium 4

    Zut et rezut, c’est bon!

    31 août 2015 | Michel Bélair - Collaborateur | Livres
    Millénium 4  – Ce qui ne me tue pas
    David Lagercrantz d’après les personnages de Stieg Larsson, traduit du suédois par Hege Roel-Rousson, Actes Sud, collection Actes noirs, Arles, 2015, 481 pages.

    À vue de nez, toute l’entreprise sent plutôt mauvais. Ressortir le fantôme de Stieg Larsson, l’auteur suédois décédé subitement avant de connaître la gloire et la fortune avec sa série Millénium — et ses 80 millions d’exemplaires vendus. Se servir des mêmes personnages qu’il a développés tout au long de trois gros romans à l’intrigue drue, complexe, exigeante. Et ne pas tenir compte des protestations de la femme avec laquelle il a vécu pendant des décennies et qui crie à l’exploitation bassement commerciale d’une oeuvre culte… Sulfureux presque.

     

    Pourtant, ce n’est pas vraiment une façon de faire exceptionnelle ou un cas unique dans le merveilleux monde de l’édition, loin de là. L’automne dernier, par exemple, on a publié une aventure du célèbre Hercule Poirot d’Agatha Christie… sous la plume de Sophie Hannah (Meurtres en majuscules). Quelques mois plus tard, une toute nouvelle enquête de Philip Marlowe (La blonde aux yeux noirs), signée Benjamin Black et non Raymond Chandler, arrivait chez les libraires. Enfin, dans quelques semaines, sortira un tout nouveau James Bond sous la signature d’Anthony Horowitz (le 24e Bond écrit depuis la mort d’Ian Fleming). Quand ça marche, ça marche comme pourrait dire Yogi Berra… Rien de nouveau sous le soleil, donc. Même de minuit.

     

    Mais il y a d’abord et avant tout (zut et rezut !) que ce Millénium 4 est un thriller particulièrement réussi.

     

    Changer le monde

     

    Si vous choisissez donc de ne pas gâcher votre plaisir et de vous lancer dans la lecture du roman de David Lagercrantz (qui n’en est pas à son premier, vous le verrez rapidement), soyez prévenu : vous ne pourrez plus le lâcher.

     

    On y retrouve, bien sûr, les principaux personnages qui ont fait le succès de la série Millénium, Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist en tête, et plein de nouveaux aussi. Un mathématicien surtout, Frans Balder, sommité mondiale des ordinateurs quantiques et de l’intelligence artificielle, qui revient en Suède après un passage à la Silicon Valley pour récupérer August, son fils autiste qu’il sait maltraité.

     

    L’intrigue, multiple, tourne surtout autour de ces deux-là, qui sont traqués par toute une série de vrais méchants, de taupes en tous genres et de fonctionnaires corrompus ; de la National Security Agency (NSA) jusqu’à la mafia russe en passant par quelques minables ordinaires qui arrivent à se grandir en tapant sur les plus faibles, tous cherchent à les faire taire.

     

    Quant à Lisbeth, elle traque cette fois-ci ceux qui ont pris la relève et qui, avec sa soeur jumelle Camilia, dirigent l’empire du mal que son salaud de père avait mis en place. Elle ira même jusqu’à « craquer » le serveur de la NSA pour arriver à ses fins. Tout cela alors que Millénium — le magazine que dirige Blomkvist et qui veut toujours changer le monde en dénonçant l’injustice sociale — est plongé dans la crise qui afflige tous les médias écrits de la planète. Le « quality paper », comme on disait il n’y a pas si longtemps, est soumis à des pressions indues par ses nouveaux actionnaires qui veulent le « rajeunir » et l’adapter aux goûts du jour. Pour en sortir, Blomkvist doit absolument « faire éclater » une grosse nouvelle qui fasse revenir les annonceurs tout autant que les lecteurs.

     

    Un terrible « scoop »

     

    Ce « scoop », c’est Lisbeth qui le servira sur un plateau à Mikael, comme à l’habitude, mais le prix à payer sera très lourd, puisque plusieurs personnes y perdront la vie. Il touche en fait l’espionnage électronique systématique auquel se livrent la plupart des grandes nations du monde à la remorque des United States of America. Là aussi, la frontière est très mince et très mouvante entre la sécurité et les intérêts du « monde libre » d’une part, et, de l’autre, le profit que peuvent tirer les grandes organisations criminelles des humains qui se donnent le droit d’épier la vie privée de millions de gens et d’entreprises sous quelque prétexte que ce soit. John Le Carré et plusieurs autres en ont fait la preuve à maintes reprises.

     

    David Lagercrantz mène son histoire avec brio en faisant avancer ses pions de façon aussi méthodique que surprenante sans jamais chercher à imiter le style Larsson ; il parvient à éclairer ses personnages de l’intérieur tout en donnant le goût au lecteur de se mettre aux mathématiques avancées. On s’étonnera de découvrir des pans entiers de la vie de Lisbeth Salander qui permettent de la saisir encore mieux et, surtout, on se surprendra même à souhaiter lire la suite de ses aventures.

     

    Oups !













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