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    Un éblouissement signé Guillermo del Toro au TIFF

    12 septembre 2017 | Odile Tremblay à Toronto | Cinéma
    Le cinéaste Guillermo del Toro a présenté «The Shape of Water» au Festival international du film de Toronto.
    Photo: Chris Donovan La Presse canadienne Le cinéaste Guillermo del Toro a présenté «The Shape of Water» au Festival international du film de Toronto.

    Il était rayonnant, Guillermo del Toro, en revenant de Venise, son Lion d’or sous le bras pour son magnifique The Shape of Water. Le cinéaste mexicain de tous les monstres est entré ici en zone d’amplitude, en parfait mariage de genres.

     

    Il en parle comme de son meilleur film, son préféré. Le nôtre aussi. Comme si son Labyrinthe de Pan acquérait soudain une dimension de légèreté.

     

    Le voici tout sourire, rappelant à quel point un artiste avance en tâtonnant avec ses doutes, frôlant l’échec et trouvant son souffle.

     

    Les festivaliers du TIFF se sont rués sur The Shape of Water. Place au grand coup de cœur de cette édition, comme La La Land l’an dernier, en mieux. The Shape of Water a été tourné à Toronto et les gens d’ici lui déroulaient d’autant plus le tapis rouge. Quel enchantement ! Les Oscar n’ont qu’à bien se tenir !

     

    Au cours des années 1960, en pleine guerre froide, cette histoire d’amour entre une femme de ménage muette (Sally Hawkins, à son sommet) et un beau monstre aquatique créé en laboratoire sous le secret d’État (Doug Jones) est une ode à l’amour et à la différence, doublée d’un hommage aux comédies musicales qui bercent le monde de l’héroïne, dans le cinéma sous son logement qu’elle partage avec un vieux solitaire.

    Photo: Fox Searchlight Scène tirée du film «The Shape of Water»

    « C’est un mystère, la création. Ça vous tombe dessus. L’histoire à conter est plus grande que vous. Tout peut s’écrouler, mais la foi vous porte. »

     

    Le dosage des tons, la fluidité de la caméra, la musique, le décor, les extraits de films musicaux et d’horreur s’unissent dans une pure harmonie à travers une fable qui critique aussi notre univers contemporain.

     

    « La seule façon d’exprimer l’amour, c’est en chantant, ajoutera del Toro. L’émotion peut alors émerger, comme dans un conte de fées. Je crois au pouvoir de l’amour et de l’art. Comme une lumière. Si elle atteint une personne, c’est magnifique. »

     

    Ce film d’amour et de cinéma, il précise l’avoir filmé comme un « musical ». « Almodóvar, devant mon projet, s’étonnait : “C’est comme trois films, ton histoire.” Mais je savais que ça pouvait en donner un seul. »

     

    « L’uniformité, c’est la folie. La différence, c’est la santé, scandait lundi le cinéaste à son sommet. Je m’identifie aux monstres. Tout vient des racines. Quand les gens me demandent ce qu’il y a de mexicain dans mon film, je réponds : “c’est moi”. »

     

    La mémoire d’un Québec en noir et blanc

     

    Il y a un monstre aussi dans le film du Québécois Simon Lavoie, à la bonne étoile qui luit ici : l’an dernier, le film qu’il cosignait avec Mathieu Denis, Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau, avait remporté le prix du meilleur long métrage canadien.

     

    Le voici de retour au TIFF en solo, avec une de ces oeuvres aux antipodes des productions du jour, truffée de références artistiques classiques et d’échos aux racines québécoises. Très maîtrisée. Ode à la différence aussi.

     

    Ceux qui avaient savouré en 1998 le merveilleux roman de Gaétan Soucy, La petite fille qui aimait trop les allumettes, le verront avec bonheur prendre vie à l’écran. Et l’écrivain, disparu en 2013, n’aurait pas désavoué ce film-là.

     

    Grande première au TIFF lundi, et salle comble annoncée : le long métrage de Lavoie, tout juste complété, joue la note lancinante et profonde sur images en noir et blanc.

     

    Cette histoire d’un frère et d’une soeur élevés en autarcie par un père tyrannique dans une ferme isolée aborde les thèmes de l’enfermement, de la religion castratrice, de l’inceste, collés à la mémoire collective québécoise. Avec la jeune Marine Johnson, vraie révélation en figure de rébellion âpre, et Antoine L’Écuyer, toujours à l’aise dans les rôles de violence rentrée.

     

    Du roman de Soucy, Simon Lavoie a abandonné le langage inventé par les adolescents, ne retenant que la trame dramatique.

     

    « Avec le directeur photo, Nicolas Canniccioni, on a utilisé la seule caméra noir et blanc de l’est de l’Amérique, explique le cinéaste : une Red Epic monochrome. Ça permettait d’accentuer le décalage de cet univers. »

     

    Ceux qui connaissent Simon Lavoie retrouveront dans ce film les accents du Torrent, tiré en 2015 de l’oeuvre d’Anne Hébert ; comme si, par-delà les auteurs qu’il adapte, son propre imaginaire s’imposait.

     

    « Je suis né à Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix, une communauté longtemps coupée du monde, et des religieuses m’ont fait l’école, explique-t-il. Même si je suis d’une génération qui n’a pas connu la Grande Noirceur, celle-ci m’interpelle. »

     

    Deux autres cinéastes avaient été d’abord approchés par le producteur Marcel Giroux pour l’adaptation. Quand Gaétan Soucy a vu Le Torrent, il a choisi Simon Lavoie par affinités naturelles, collaborant à l’écriture à ses côtés. Sa mort a bouleversé les plans de coscénarisation. Le cinéaste évoque l’écrivain comme un bon vivant, marqué par une blessure, hanté, comme le père dans La petite fille…

     

    En espérant que les cinéphiles québécois sauront apprécier cette oeuvre d’exigence formelle et de quête d’essence. Elle gagnera nos écrans le 3 novembre.

     

    La belle et le robot

     

    Des rencontres étaient prévues lundi avec Kim Nguyen, autre Québécois au TIFF. Elles ont été annulées à la dernière minute, sans doute à cause de la réception tiède qui a été faite à son Eye on Juliet, à Toronto comme à Venise.

     

    Le cinéaste de Rebelle a tourné son second long métrage en anglais, après Two Lovers and a Bear, en grande partie au Maroc. Et avec une bonne idée à sa source : un jeune Américain épie de sa caméra de surveillance un désert et ses forages pétroliers en Afrique du Nord, surveillant, par robot interposé, une jeune femme que son père veut marier de force et qui prépare sa fuite.

     

    Mais là où Rebelle avait pénétré avec une vraie grâce les esprits d’enfants-soldats, ici la poésie cherche son souffle. Sur un démarrage confus et un dénouement trop sirupeux, le corps du film lève quand même de terre : cette relation insolite entre un robot téléguidé et une jeune arabe trouve des moments forts, mais inaboutis.

     

    Kim Nguyen se prépare quand même à diriger Salma Hayek et Jesse Eisenberg dans The Hummingbird Project, l’histoire de deux New-yorkais cherchant la fortune.













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