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    Clooney entre deux eaux au TIFF

    11 septembre 2017 | Odile Tremblay à Toronto | Cinéma
    George Clooney dirige l’acteur Matt Damon dans «Suburbicon».
    Photo: Geoff Robins Agence France-Presse George Clooney dirige l’acteur Matt Damon dans «Suburbicon».

    Ce n’est pas un cinéaste à grande signature, mais son statut de star absolue, devant ou derrière la caméra, et ses engagements sociaux en font l’icône que tous s’arrachent en hurlant son nom. George Clooney joue de nouveau le jeu du beau profil au Festival international du film de Toronto (Toronto International Film Festival ou TIFF), avec un éclat de lassitude dans l’oeil çà et là. Moins en forme que d’habitude dimanche face aux médias, George Clooney. Son Suburbicon, lancé d’abord à la Mostra de Venise, reçoit, il est vrai, un accueil tiède.

     

    Drôle de film entre deux eaux : scénarisé par les frères Coen au cours des années 1980, repris par Clooney qui a enlevé des gags au profit d’une colère plus assumée. Ajoutez des exigences des producteurs en cours de processus… Bien du monde s’en est mêlé ; le cinéaste l’avoue du bout des lèvres. Une oeuvre hybride, donc entre intrigue policière gratinée et dénonciation de racisme. L’unité y perd.

     

    De la fratrie Coen, on retrouve le goût des intrigues sanglantes dans des milieux interlopes gratinés, alors qu’un chef de famille infidèle (Matt Damon) fait un choix terrible, déchaînant la colère des dieux contre lui. Les engagements humanitaires de Clooney se collent au destin d’une famille noire persécutée par ses voisins. Il s’agit du premier film dans lequel il ne joue pas. Autant se concentrer sur une seule fonction. Cela lui a plu. Mais pas de quoi courir aux Oscar avec ça…

     

    Trump à la clé

     

    Et Clooney de nous assurer que la pulsion de départ du film, situé dans une banlieue aseptisée des années 1950, lui est venue aussi de la campagne de Trump aux discours haineux. « Toutes ces minorités devenues boucs émissaires, ce désir de créer des murs. Suburbicon nous permettait, par l’entremise de la fiction, de montrer un monde prétendument parfait qui se fissure. »

     

    On entendra le cinéaste faire d’étranges comparaisons entre les victimes de l’ouragan Harvey à Houston et les réfugiés syriens. Tous chassés de quelque part. « Sans maisons et appelés à souffrir longtemps. La seule façon d’améliorer les choses, c’est de s’engager. J’ai vécu à une époque plus revendicatrice, évoque Clooney. Ce serait bien que ces temps reviennent. » Sauf qu’on ne sait à qui il entend désormais prêter secours. Les temps sont bien compliqués.

     

    Au cours de tournage de Suburbicon, coup de tonnerre : l’élection du Trump. « Ça a changé des choses et on a coupé des scènes, expliquait son maître d’oeuvre. Qu’un mafieux explique à un enfant de neuf ans comment on fourre devenait tout à coup de mauvais ton… »

     

    Désormais, les événements de Charlottesville donnent une acuité aux débordements racistes, rattrapant Suburbicon par la bande.

     

    Le film se colle à un fait vécu : « L’épreuve d’une famille noire dans une petite ville de Pennsylvanie en 1957, à qui les voisins réservent un traitement d’enfer, explique le cinéaste. D’habitude, ce genre de comportement ségrégationniste, c’est toujours Mississippi Burning, et les gens du Nord s’exclament: “Ça ne se passait pas comme ça chez nous.” Mais si, justement ! »

     

    Pour Clooney et son équipe, tourner ces scènes de haine fut une épreuve. « Au moment de l’assaut des voisins, c’était très dérangeant : 250 figurants californiens devaient faire des choses horribles à une personne très bien. On se sentait malades de participer à ça, mais c’est vraiment arrivé, cette histoire, voyez-vous… »

     

    L’actrice afro-américaine Karimah Westbrook, incarnant la femme noire persécutée, affirmait que cette furie raciste lui rappelait les récits de sa grand-mère. Hier, c’est aujourd’hui…

     

    Matt Damon en lilliputien

     

    C’était la journée de Matt Damon au TIFF dimanche.

     

    Cet acteur a des allures d’Américain moyen, qui lui permettent d’affronter avec une bouille d’innocent les situations les plus invraisemblables sans égarer son capital de sympathie.

     

    Le voici non seulement en père de famille entraîné dans la spirale sanglante de Clooney, mais aussi en homme qui se fait réduire à quelques pouces dans le film d’anticipation d’Alexander Payne Downsizing.« On ne m’avait jamais proposé des rôles pareils. C’était si agréable à jouer, tout ça », s’en amusait-il devant nous.

     

    Ce Downsizing est une fable amusante et originale, très réussie. Dans un monde du futur, des humains se voient transformés en lilliputiens, pour économiser les ressources premières, surtout pour faire des économies d’échelle, en jouant les riches : belles maisons miniatures, mini diamants à portée de main, etc.

     

    Avec Alexander Payne, la satire est toujours bien tournée. Surtout quand Christoph Waltz joue un Serbe dégénéré, voisin du héros, avec une jouissance manifeste. Une romance avec une militante vietnamienne unijambiste se met de la partie.

     

    La clinique de miniaturisation ouvre sur des scènes très hautes en couleur. Et on souhaite à ce délirant Downsizing de se retrouver dans la course aux Oscar.

     

    « À la lecture du scénario, je gloussais, révélait Matt Damon, ne pouvant imaginer qu’un studio d’Hollywood accepte de faire un film pareil. Et Paramount a dit oui. Ça signifie que le cinéma n’est pas totalement mort. Voilà ! »

     

    Odile Tremblay est à Toronto à l’invitation du festival













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