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    «Robert Doisneau, le révolté du merveilleux»: observer jusqu’à l’ivresse

    19 mai 2017 | André Lavoie - Collaborateur | Cinéma
    «Le petit garçon de Novosibirsk», septembre 1967
    Photo: FunFilms «Le petit garçon de Novosibirsk», septembre 1967

    Pour les amoureux de Jacques Prévert, une image revient sans cesse en mémoire : attablé au milieu d’un parc devant un verre de vin, un chien à ses pieds, le profil courbé, chapeau sur la tête et cigarette au bec. Le photographe Robert Doisneau avait bien saisi l’essence du poète, et d’une certaine idée de la France, un ami qui aimait autant que lui le petit peuple de Paris.

     

    Les deux hommes auraient pu signer un livre magnifique, ils ne l’ont pas fait, même si Doisneau avait déjà tenté l’expérience avec Blaise Cendrars (La banlieue de Paris) et Daniel Pennac (Les grandes vacances, La vie de famille). Il s’agit là de quelques-unes des anecdotes charmantes égrenées tout au long de Robert Doisneau, le révolté du merveilleux, un documentaire d’un classicisme télévisuel assumé signé Clémentine Deroudille. Or son véritable statut imprègne toute sa démarche, puisqu’il s’agit de la petite-fille de celui que plusieurs résument trop facilement à une seule photo : Le baiser de l’hôtel de ville.

     

    Cette image connaîtra un destin particulier. D’abord publiée, sans fracas, dans les pages du magazine Life en 1950, elle prendra, au tournant des années 1980, valeur de symbole, reproduite un peu partout et de toutes les manières (au Japon, on voulait l’imprimer sur des sous-vêtements), donnant ainsi à Doisneau gloire et fortune. Ce baiser préfabriqué (par deux jeunes acteurs payés pour l’occasion, contrairement à une légende tenace et un procès retentissant) résume trop vite et trop mal une oeuvre imprégnée d’humanisme, et que sa descendance sait mettre en valeur, tout particulièrement ses deux filles, Annette et Francine, qui ont transformé la résidence familiale de Montrouge en véritable sanctuaire Doisneau.

    Photo: FunFilms Photographie de Robert Doisneau depuis l’atelier d’Arnold Newman, le 26 avril 1981 à New York

    Pérégrinations

     

    Les 450 000 documents d’archives du photographe n’ont pas fini d’être explorés, et la production abondante de celui qui fut toute sa vie son propre patron (sauf aux usines Renault dans les années 1930, comme photographe officiel) forme l’armature de ce survol chronologique, de son enfance triste à Gentilly dans les années 1910 à sa renommée tardive avant sa mort, le 1er avril 1994. Entre les deux, on nous offre une suite infinie de pérégrinations dans la Ville lumière, ses proches et ses lointaines banlieues, ces lieux typiques comme sortis d’une chanson de Prévert et de Kosma, mais aussi ces cités nouvelles, qu’il a captées en couleurs, lui l’abonné au noir et blanc (esthétique imposée par souci d’économie).

    Photo: FunFilms Autoportrait dans la Sarthe, 1962

    Guidée par ce désir de déconstruire les clichés les plus tenaces autour de ce « photographe sautillant », Clémentine Deroudille donne à voir ses incursions en Sibérie ou aux États-Unis (son escapade californienne explose de couleurs et de charme), ainsi que ses commandes pour de grands magazines, portraits de mannequins et de vedettes.

     

    Au milieu de ces images éblouissantes, les membres de la bande à Doisneau (le scénariste Jean-Claude Carrière, l’écrivain Daniel Pennac, l’actrice Sabine Azéma, etc.) témoignent de la simplicité de l’homme, lui qui préférait porter secours à un accidenté plutôt que d’immortaliser son drame. Quant à ses tragédies personnelles ou à ses démons intérieurs (le procès du Baiser l’a miné), la réalisatrice cède souvent le pas à la petite-fille : béate d’admiration, refusant la moindre égratignure sur le mythe de grand-papa Doisneau.

     

    V.O.F. : Beaubien.

    Robert Doisneau, Le révolté du merveilleux
    ★★★
    France, 2016, 83 minutes. Documentaire de Clémentine Deroudille.












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