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    Un départ sous haute escorte pour le 70e Festival de Cannes

    18 mai 2017 | Odile Tremblay à Cannes | Cinéma
    Le réalisateur Arnaud Desplechin dit de belles choses sur Marion Cotillard, lumineuse en fantôme autant qu’en vivante dans «Les fantômes d’Ismaël», qui vole en quelque sorte la vedette aux autres.
    Photo: Alberto Pizzoli Agence France-Presse Le réalisateur Arnaud Desplechin dit de belles choses sur Marion Cotillard, lumineuse en fantôme autant qu’en vivante dans «Les fantômes d’Ismaël», qui vole en quelque sorte la vedette aux autres.

    Je vous parlais des mesures de sécurité ici, mais c’est pire que tout. Du niveau des grands sommets politiques de type G20, nous explique-t-on. Des policiers partout : à pied, à cheval, en voiture, en hélicoptère, au bout de la laisse du chien. Il y a même un bateau de guerre dans la baie. Ambiance !

     

    J’entendais une Cannoise protester devant un kiosque à journaux : « On nous traite comme des talibans. Pas moyen de se rendre à la plage tranquille ! » Eh non !

     

    Le soir de l’ouverture, c’est pire, évidemment. Oubliez la playa, Madame ! Les CRS sont des figurants de la superproduction cannoise. Espérons que ça se calmera après le coup d’envoi.

     

    Les flonflons de la fête étaient là pourtant et les stars : Adrien Brody, Julianne Moore, Susan Sarandon, Vanessa Paradis et sa fille dans leurs beaux atours. Aussi les badauds, et les policiers. Monica Bellucci en maîtresse de cérémonie vêtue d’une robe Dior savamment entrouverte, proclamant : « L’identité du cinéma n’a ni sexe, ni drapeau, ni frontière. On est tous des stars. On est tous des étoiles. » On veut bien, mais c’est qu’elle vend du rêve, l’icône italienne…

    L’identité du cinéma n’a ni sexe, ni drapeau, ni frontière. On est tous des stars. On est tous des étoiles.
    Monica Bellucci en maîtresse de cérémonie
     

    Parler le depleschin

     

    Étrange film au demeurant pour partir le bal du 70e anniversaire que Les fantômes d’Ismaël, du Français Arnaud Desplechin. Hors compétition, fraîchement reçu en projection de presse matinale — ni applaudissements ni huées —, ce n’était pas le meilleur opus du cinéaste d’Un conte de Noël et de Rois et reine. Le chic parterre est habitué à moins indigeste en apéritif pour sa grande soirée. Dans les rues du soir, on les entendait protester : « Trop intello ! » Trop compliqué, en fait. 

     

    On parle ici d’une oeuvre alambiquée, en poupées russes, dont certaines de trop. Pour un pivot central réussi : un triangle amoureux laissé en plan, des intrigues superposées alourdissent l’ensemble, dans sa mise en abîme.

     

    Il existe une version officielle avec 20 minutes supplémentaires de ces Fantômes d’Ismaël : « Elle est plus mentale que celle-ci, destinée à ceux qui parlent le desplechin », a précisé son maître d’oeuvre. Prudent, le réalisateur ne lit jamais les critiques.

     

    Mathieu Amalric, son acteur fétiche et alter ego, joue ici le cinéaste enfoncé en spirale dans sa névrose, à la tête du triangle. Ses amours avec sa tendre copine (Charlotte Gainsbourg, en petite forme) se voient dérangées par l’arrivée inopinée de l’ancienne épouse disparue 20 ans plus tôt (Marion Cotillard, qui danse de façon très émouvante sur une chanson de Dylan).

     

    Louis Garrel incarne le héros principal d’un mauvais polar que le cinéaste tourne et abandonne en route (sur les traces du 8 ½ de Fellini). Il est aussi le frère diplomate du cinéaste. Bref, le nombre de fantômes se multiplie de façon exponentielle.

     

    Garrel estime non sans raison que ce film constitue un biopic d’Arnaud Desplechin : « Certains metteurs en scène qui se représentent habitent un seul rôle. Ici, tous les personnages sont une partie de lui. » Ils sortent aussi de sa filmographie, noms de villes et noms de héros extirpés de Comment je me suis disputé…, de Trois souvenirs de ma jeunesse ou d’Un conte de Noël. Même à travers sa version écourtée, le film s’adresse « à ceux qui parlent le depleschin ».

     

    Les personnages, jusqu’à celui de Marion Cotillard, se voient vieux. Miroir visiblement d’un réalisateur inquiet face au temps qui passe. De son propre aveu, Desplechin a donné une morale à son film, sorte de carpe diem : « La vie est arrivée. Il faut l’accueillir même au bout de la route. » C’est à sa renaissance qu’il convie le spectateur, après le passage à vide de l’alter ego.

     

    Le réalisateur dit de belles choses sur Marion Cotillard, ici lumineuse en fantôme autant qu’en vivante, qui vole en quelque sorte la vedette aux autres : « Elle a la capacité de créer du mythe et de s’en débarrasser quand ça l’encombre. » Joli point de chute.













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