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    Jean, Claude et Elsa au pays des merveilles

    «Un + Une» de Claude Lelouch, road-movie romantique en Inde, prend l’affiche vendredi

    6 février 2016 |Odile Tremblay | Cinéma

    Tout a commencé dans un avion. Jean Dujardin et Elsa Zylberstein, qui se connaissaient à peine, se sont assis ensemble avant de parler cinéma sans arrêt. La conversation est tombée sur Claude Lelouch.

     

    Ils l’aimaient tous les deux (surtout Un homme qui me plaît, film de 1969, romance à l’autre bout du monde entre une actrice et un compositeur) sans avoir travaillé avec lui. Dujardin connaissait des répliques de L’aventure c’est l’aventure par coeur. Elsa Zylberstein affirme avoir grandi avec Les uns et les autres. De fil en aiguille, dans ce vol Paris-Los Angeles, l’idée a germé de proposer au cinéaste leurs services en tandem. « Vous vous imaginez, s’émerveille encore l’actrice, depuis ce jour très amie avec Dujardin : si le siège n’avait pas été vide à côté de lui… Il n’y a pas de hasards, mais le destin. »

     

    Elsa Zylberstein a téléphoné au cinéaste d’Un homme et une femme au retour : « Tu as Elsa et Jean où tu veux, quand tu veux pour une parenthèse amoureuse située au loin. » Ça s’est fait vite, tant le cinéaste était ravi de la proposition. Il fut question de la Russie, puis l’Inde s’est imposée.

     

    Lelouch en rigole encore : « Un + Une est le premier film de commande de ma vie. » C’est aussi son premier film en Inde, pays qui lui était étranger avant d’en tomber amoureux fou ; et bien sûr, un premier contact avec ses deux interprètes. À défaut de nominations aux César, ce dont Elsa Zylberstein s’est attristée publiquement, le film s’offre un succès de salle, cheminant vers le million d’entrées en France.

     

    Un demi-siècle après «Un homme et une femme»

     

    Ça faisait plaisir de le sentir de si bonne humeur à Paris, Claude Lelouch, qui a connu les montagnes russes : succès immenses, désamour du public, attaques frontales de la critique. Cette fois, une accalmie. D’autant plus que l’oscarisé Jean Dujardin attire les foules. « Lui et moi, on est faits l’un pour l’autre, estime Lelouch. Dans un monde compliqué, on commence toujours par s’amuser. »

     

    Jean et Elsa, il ne les imaginait pas ensemble, cherchant le fil invisible pour tisser leur couple. Dans Un + Une, Dujardin deviendra un compositeur hédoniste, blagueur, venu en Inde travailler à la partition d’un Roméo et Juliette bollywoodien et insolite. Elsa Zylberstein sera l’épouse de l’ambassadeur français, éprise de spiritualité exotique ; le tout débouchant sur un road-movie d’amour et d’affrontements dans ce pays de tous les mystères.

     

    Cinquante ans après Un homme et une femme, le cinéaste avait envie de revisiter une histoire d’amour. « Le monde a changé. En amour, la méfiance s’est installée, constate-t-il.
    On a peur de l’autre. Au cinéma, on ne filme plus de la même façon. Les caméras d’aujourd’hui, j’en ai rêvé toute ma vie. Sans elles, jamais je n’aurais pu tourner ce film en Inde. »

     

    Grande découverte au cours des repérages sous recommandation du guide de Lelouch : Amma, sainte en son pays, qui dans son village du Kerala reçoit les milliers de gens pour les embrasser et leur insuffler de l’amour. Elle deviendra un des personnages clés d’Un + Une, étreignant le couple d’acteurs, les autres pèlerins aussi. « Elle m’a serré dans ses bras et j’ai voulu que l’esprit d’Amma, son message d’amour soient dans le film, explique le cinéaste. En Inde, on vous explique que la mort n’existe pas, que votre condition ne fera que s’améliorer d’incarnation en incarnation. Là-bas, la misère ne se vit pas de la même façon qu’ici. C’est un pays magique. Malgré les castes, malgré tout. »

     

    L’avant et l’après-Lelouch

     

    Elsa Zylberstein n’en démord pas : « Ce fut une expérience unique. Pour Jean Dujardin et moi, il y a un avant et un après-Lelouch. Nous n’avons qu’une envie : repartir avec lui. »

     

    Au cours de sa carrière, l’actrice française affirme avoir été dirigée par deux cinéastes, Maurice Pialat (dans Van Gogh) et Claude Lelouch, qui volaient ainsi aux interprètes des bouts de vérité, capturaient la magie de l’instant et cherchaient le miracle. « Tout évoluait dans Un + Une, dit-elle. Le scénario était très écrit, mais il y avait des sorties de route. Comme Lelouch ne coupe pas, cette technique nous soufflait des phrases en fin de scène. On jouait avec les gens du pays dans le train et partout, en ayant parfois l’impression d’être davantage des touristes que des comédiens. On vibrait. On vivait. Avec Jean, c’était comme danser librement une valse. Le pays nous a transformés. On a vécu de vrais moments de bonheur. »

     

    Cette entrevue a été effectuée à Paris à l’invitation des Rendez-vous d’Unifrance.

    Jean Dujardin et Elsa Zylberstein ont convaincu Claude Lelouch, au centre, de faire ce film. Une scène du long métrage Un + Une












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