Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Le Japon tatoué sur le coeur

    La petite musique d’Amélie Nothomb à nouveau transposée sur grand écran

    28 février 2015 | André Lavoie - Collaborateur | Cinéma
    «Tokyo fiancée» présente les pérégrinations d’Amélie (Pauline Étienne), gonflée à bloc dans son désir de renouer avec ce qu’elle considère comme ses véritables racines.
    Photo: Axia Films «Tokyo fiancée» présente les pérégrinations d’Amélie (Pauline Étienne), gonflée à bloc dans son désir de renouer avec ce qu’elle considère comme ses véritables racines.
    Cinéma

    ★★★

    Tout comme Françoise Sagan à une autre époque, Amélie Nothomb possède sa « petite musique » qu’elle affine d’un roman à l’autre, tous publiés avec une régularité digne d’un métronome ; l’auteure de Bonjour tristesse affichait aussi cette productivité, mais parfois liée à certaines angoisses fiscales.

     

    L’oeuvre romanesque de Nothomb repose en bonne partie sur le mode de l’autofiction, plongeant souvent dans sa vie, et dans ses névroses, pour y puiser la matière. Ses lecteurs connaissent déjà ses désordres alimentaires (Biographie de la faim), et surtout sa passion pour le Japon, le pays de sa naissance, bien qu’elle soit née de parents diplomates belges.

     

    Déracinée à l’âge de cinq ans, revenue à 20 ans pour devenir enfin une vraie Japonaise, si une telle chose est possible, elle s’est inspirée de ses retrouvailles ratées pour donner naissance à deux livres inspirants, Stupeur et tremblements, adapté par Alain Corneau, et Ni d’Ève ni d’Adam, remanié par le cinéaste belge Stefan Liberski, lui-même un amoureux du pays du Soleil levant.

     

    Avec moins de gravité que dans Stupeur…, le récit d’une descente aux enfers version tour de bureaux climatisés, Tokyo fiancée, un titre plus illustratif, présente les pérégrinations d’Amélie (Pauline Étienne, jamais très loin des mimiques de l’auteure), gonflée à bloc dans son désir de renouer avec ce qu’elle considère comme ses véritables racines. Sa connaissance (relative) de la langue japonaise facilite les choses. Elle offre des cours de français pour gagner sa vie et gagne au passage un amoureux transi, Rinri (Taichi Inoue, un peu falot), dont la ferveur à vouloir maîtriser la langue de Molière apparaît suspecte. Cet unique élève, gosse de riches, lui fera découvrir un autre Japon, et lui révélera surtout une part d’elle-même qui n’a rien de particulièrement japonais, dont un désir farouche d’indépendance.

     

    Un mode léger

     

    Cette quête de liberté et d’identité se décline le plus souvent sur un mode léger, Stefan Liberski filmant Tokyo dans sa version zen (préférant les petites rues tranquilles aux carrefours agités) et son héroïne comme si elle s’était enfuie d’une bande dessinée (ou d’un film de Jean-Pierre Jeunet, Amélie Poulain nous revenant souvent en mémoire). Le cinéaste table sur les éléments les plus caractéristiques et les plus séduisants d’une oeuvre littéraire jamais exempte de facilités, d’abord cette narration à la première personne et ce ton désinvolte d’une femme-enfant se livrant sans censure.

     

    Cette plongée dans les méandres de la société japonaise n’est jamais aussi caustique que celle proposée par Corneau dans Stupeur…, et n’est pas exempte non plus de lourdeurs, dont cette évocation du tsunami dévastateur de mars 2011, une liberté prise par Liberski pour illustrer le déracinement inévitable de cette Japonaise sans yeux bridés. La présence discrète de Julie Le Breton en diplomate canadienne n’est guère plus convaincante, rappelant aux gens d’ici qu’il s’agit d’une coproduction, et n’ajoute rien de plus à cette charmante adaptation d’un roman-vérité de la plus nipponne des écrivains francophones.

    Tokyo Fiancée
    ★★★
    Comédie sentimentale de Stefan Liberski. Avec Pauline Étienne, Taichi Inoue, Julie Le Breton, Alice de Lencquesaing. Belgique-Canada, 2014, 100 min.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.